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Idola CUPIDON, la grand-mère de Bryen
A mon troisième voyage à Rodrigues, je dénichai une petite maison dont le loyer était très abordable. Il faut savoir qu'à Rodrigues, on obtient 40 roupies environ pour 1 euro, mais ce taux varie en fonction de la fluctuation de la monnaie mauricienne. J'avais pour voisins un couple adorable avec lequel je me liais bien vite d'amitié. Biantie, la jeune femme, était institutrice. Andy, son mari, préférait s'occuper à de petits travaux ponctuels plutôt que d'assurer un travail fixe. Biantie, très ouverte, chaleureuse et toujours souriante me plut immédiatement. C'est elle qui me signala, dans sa classe, deux jeunes garçons qui paraissaient très démunis, car ils venaient à l'école pieds nus et sans panier repas. Leurs camarades partageaient volontiers le peu qu'ils avaient eux-mêmes mais c'était insuffisant et les deux enfants se sentaient dévalorisés en permanence. Je cherchai à mieux connaître leur situation familiale et Biantie proposa de m'accompagner un soir après l'école dans leur famille. Ils habitaient tous les deux à Crève-Coeur, ça ne s'invente pas.
Notre première visite fut pour Jeff. J'avais invité les garçons à monter dans ma voiture, que je louais depuis peu, après avoir sillonné l'île en bus poussifs (mais nettement plus performants aujourd'hui) et m'être beaucoup déplacée à pieds (le cadre est tellement enchanteur) mais je m'étais fait mordre à deux reprises par des chiens errants, à ma grande stupéfaction moi qui aime les animaux et qui m'étais toujours imaginé qu'ils le sentaient, mésaventure désagréable qui me décida à louer un véhicule. Les garçons furent enchantés. Une voiture ! Luxe suprême à Rodrigues où il en existait très peu. Il m'était d'ailleurs souvent arrivé au cours de mes promenades, d'accepter l'invitation d'un automobiliste qui s'arrêtait obligemment à ma hauteur pour me demander si je désirais un moyen de transport après s'être informé de ma destination. Tant de gentillesse, totalement dépourvue d'arrière-pensées malsaines, me confondait. Il s'agissait simplement de rendre service de façon gratuite et désintéressée. Parfois même le chauffeur faisait un détour pour me déposer juste devant l'endroit où je désirais me rendre et repartait en me souhaitant une bonne journée. Je mis évidemment plus tard en pratique ces attentions aimables dès que je fus en possession d'un véhicule en me disant que nulle part ailleurs on ne trouvait cette convivialité spontanée et qu'il ne fallait surtout pas en perdre la pratique !
Jeff habitait un peu au-dessus de l'hôpital, avec ses parents et un petit frère handicapé, dans une maison de deux pièces qui leur avait été fournie par une association religieuse. On m'offrit une chaise mais il n'y en avait pas pour tout le monde. Biantie resta debout. Dans la pièce où on me reçut, une petite table et quelques ustensiles de cuisine par terre. Dans la seconde pièce, un seul lit, sur lequel était entreposé pêle-mêle quelques vêtements.
Avec l'aide de Biantie qui traduisait les objectifs de l'Association à la maman de Jeff au fur et à mesure que je les présentais, pour l'instant, fournir aux enfants une aide alimentaire quotidienne, je parvins à expliquer ma démarche. Le papa était absent, à la pêche m'apprit sa femme. Je promis donc de m'occuper d'eux au plus vite.
Bryen, lui, vivait avec sa grand-mère, Idola, toujours à Crève-Coeur mais sur la route qui mène à Mont Lubin, juste au-dessus du premier arrêt de bus.
Idola nous raconta son histoire. Sa fille était morte dans un accident de voiture et elle avait récupéré ses six enfants qu'elle parvenait difficilement à nourrir. Le papa? Parti à Maurice depuis longtemps et dont personne n'avait jamais eu de nouvelles. Une des soeurs de Bryen, tellement choquée par la disparition brutale de sa mère, était devenue muette et avait dû abandonner sa scolarité.
La situation de cette famille me bouleversa. D'autant que Idola, petite grand-mère chétive, très menue, faisait preuve d'une ténacité hors du commun. Elle habitait dans une maison en dur offerte par le gouvernement après que sa case en tôle ait été soufflée par un cyclone. Je n'en ai jamais vu que la pièce d'accueil, assez bien meublée, avec un canapé, un meuble vitré où trônaient des bibelots clinquants au goût douteux. Mais j'appris bien plus tard que rien de tout cela ne lui appartenait, entreposé ici par une de ses filles installée à Maurice et qui avait l'intention de les récupérer un jour ou l'autre, ce qu'elle fit sans vergogne quelques années plus tard, laissant sa mère dans des pièces totalement nues.
Je décidai immédiatement de venir en aide à cette famille et rentrai à La Réunion animée d'une énergie combative pour trouver des adhérents qui seraient sensibles comme moi à cette misère que je trouvais inacceptable. Nombre de mes collègues de travail jouissaient d'un salaire plus que confortable, était-il possible qu'ils restent indifférents à cette détresse humaine, aux besoins vitaux de ces enfants qui vivaient là, à quelques encablures d'eux?
il me semble anormal que des messages publicitaires à but lucratif apparaissent sur un blog strictement humanitaire. Prière aux annonceurs de s'en abstenir dorénavant.