Posté le 25.09.2007 par solidariteenfants
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Ivy et sa petite fille (malade ce jour là)
Lorsque nous avons proposé à Ivy de démarrer un élevage, elle a paru enchantée. Elle avait choisi d'élever des poules pondeuses et me montra, enthousiaste, l'emplacement des futures cages...Jean-Noël Hortense, qui m'accompagnait lui précisa qu'il lui faudrait s'en occuper tous les jours, nettoyer les cages, nourrir les poussins et ne pas oublier de leur donner à boire. Elle fut tout à fait d'accord et nous pouvions donc lancer l'opération.
Nous nous chargions d'acheter le grillage et les clous. Il restait à Ivy la tâche bien facile de récupérer les montants dans les bois environnants. Et elle pouvait être aidée pour cela par ses deux grands fils, Giovanno et Jonathan.
Mais elle traîna un peu des pieds, suggéra après réflexion qu'on lui fournisse plutôt des cochons qu'elle entreproserait chez un cousin que nous ne connaissions ni d'Eve ni d'Adam, n'ayant pas suffisamment de place autour de sa maison pour héberger des cochons. Notre refus fut catégorique. Soit elle se remuait un peu pour se munir des montants nécessaires, soit nous cessions immédiatement toute aide, sous quelque forme que ce soit.
Ivy trouva rapidement les éléments nécessaires.
Des poussins lui ont été livrés cette semaine...Reste à savoir si elle va mener à bien son élevage, en tirer des subsides avec la vente des oeufs, car dans cette activité là aussi, il faudra qu'elle se bouge. Qu'elle propose ses oeufs à son entourage à ses connaissances et qu'elle essaie d'en vivre.
Ivy a malheureusement une mentalité d'assistée, doublée d'un poil dans la main assez conséquent...
Affaire à suivre...
Je me rends à Rodrigues dans deux mois, je verrai comment a évolué notre projet avec Ivy.
D'autres nouvelles de cette famille en janvier, à mon retour...
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Posté le 25.09.2007 par solidariteenfants
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S'appeler Lafortune et vivre dans une telle misère...Quelle triste ironie !
Je reviens la voir avec Jean-Noël Hortense, mon collaborateur (bénévole)à Rodrigues, à qui je présente toujours toutes les familles pour qu'il puisse suivre leurs besoins et leur évolution quand je ne suis pas là. Nous communiquons fréquemment par téléphone et je peux suivre ainsi la progression de notre travail.
Jean-Noël est atterré par le désordre qui règne dans toute la maison, par le laisser-aller général que j'avais déjà constaté lors de ma première visite. Il remonte gentiment les bretelles de Ivy.
"Maintenant que vous allez bénéficier de notre aide, il faudra faire un effort pour mieux tenir votre maison, pour mieux tenir aussi vos enfants. Ils sont sales. Il faut les laver tous les jours et leur mettre des vêtements propres et en bon état."
J'ajoute que j'apporterai des vêtements et que j'en achèterai aussi.
Ivy promet.
Mais quand je repasse à l'improviste, rien n'a changé.
Je vais donc voir Monsieur Casimir pour lui parler de la paresse de cette dame, dont la voisine m'a glissé à l'oreille lorsque je regagnais la voiture que ivy jouait aux cartes toute la journée assise sur les marches poussiéreuses de sa maison...
Monsieur Casimir se déplace et revient avec moi chez Ivy. Il menace. L'Association ne fournira aucune aide à quelqu'un qui n'est pas volontaire, qui n'a pas le vrai désir de sortir de ses difficultés.
Cette fois Ivy prend peur, elle qui avait béni notre intervention et notre souci de l'aider, elle comprend qu'elle doit y mettre du sien.
Je repars rassurée après ma visite suivante. La maison est propre est rangée, les enfants correctement vêtus. Nous pouvons entamer nos livraisons de nourriture....
Je donne rendez-vous un samedi matin aux enfants que je viendrai chercher pour les équiper en matériel scolaire, en vêtements et en chaussures. Jonathan, 15 ans, Angelica, 14 ans, Olivia, 7 ans, et Jean-Ferney, 4 ans, m'attendent impatiemment le jour dit, à l'heure dite. L'aîné Giovanno, 18 ans, n'est plus scolarisé, et la petite dernière, Mélanie, n'a que 18 mois.
Au fil des années, la situation familiale de Ivy évolue.
Elle met au monde un septième enfant...dont je ne saurai pas qui est le père. (Elle non plus peut-être...) Je donne une boîte de préservatifs à Ivy en exprimant ma surprise et en la mettant en garde.
"Vous parvenez déjà difficilement à assurer une vie décente à vos enfants, il faut absolument cesser d'en mettre au monde à nouveau..."
Elle acquiesce.
Jonathan a abandonné sa scolarité. Lorsque je lui en demande les raisons, il prétend que les études ne l'intéressaient pas. Je lui propose un stage informatique (payant) qui sera pris en charge par l'Association. Il s'illumine. L'informatique ! Internet ! Quel bonheur ! Il commencera ses études cette année (en 2007), tant la liste d'attente est longue, les enseignants insuffisants en nombre et le manque de matériel évident.
Angelica aussi a abandonné ses études, après avoir subi des échecs scolaires dans différentes formations. Elle fait du baby sitting.
Restent Olivia, Jean Ferney et la petite Mélanie, 4 ans cette année, dont l'Association continue à s'occuper au niveau des fournitures scolaires.
Posté le 25.09.2007 par solidariteenfants
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Wendy, le meilleur accordéonniste de l'île
Alors que je prenais de l'essence à l'unique station service de Rodrigues, à Port Mathurin, je suis abordée par un Rodriguais qui m'interpelle :
"C'est bien vous qui vous occupez d'une Association Humanitaire dans l'île?"
"C'est bien moi..."
"J'ai lu, chez le coiffeur, le fascicule dans lequel vous développez votre action. Il faut que je vous parle d'un cas dramatique à Coromandel. Je travaille au bureau du trafic maritime, la Mauritius Shipping Corporation, je m'appelle Monsieur Casimir."
J'ai effectivement élaboré une brochure pour faire connaître notre travail à Rodrigues et en ai déposé un exemplaire chez Wendy, coiffeur à Mont Lubin et ami depuis toujours. Wendy est le meilleur accordéonniste diatonique de l'île. Il est créatif, très doué, animé d'une flamme musicale peu commune. Il remporte tous les concours, se mesure aux plus grands sur le plan international, a composé des musiques de film, et travaille d'arrache pied. Nous partageons notre passion pour la musique. Je lui écris parfois des chansons. Il est très sensible à mon engagement humanitaire dans l'île. Il me propose toujours son aide, mais je le sais très pris par son travail de coiffeur et par sa recherche artistique. Je ne manque jamais de passer un petit moment avec lui dans son minuscule salon de coiffure, pour échanger des nouvelles, musicales ou quotidiennes, sous le regard ébahi des clients, stupéfaits de découvrir l'amitié qui nous lie.
Monsieur Casimir me propose de m'emmener voir Ivy le lendemain soir, après son travail.
C'est une maman de six enfants, dont un petit légèrement handicapé.
Ils vivent dans une petite maison de deux pièces, offerte par le gouvernement. Tout me paraît aller à l'abandon dans cette maison que je trouve très sale. Carreaux cassés, fils électriques qui pendent un peu partout, désordre indescriptible. Notre visite a ameuté le quartier. Des voisins, des enfants se pressent pour nous observer. Je voudrais connaître la composition de la famille. Je suis donc obligée de demander à Ivy de faire sortir tous ceux qui n'en font pas partie. Les enfants, vêtus de vêtements en lambeaux, sont pieds nus. J'élabore un dossier, prends note de l'âge des enfants, fais des photos et explique à Ivy notre démarche. Livraison de nourriture, achat de fournitures scolaires, et plus tard, installation d'un élevage.
Ivy est ravie.
Nous sommes en décembre 2004. Notre aide va se poursuivre pendant quatre ans.
Posté le 24.09.2007 par solidariteenfants
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Les enfants de Virginia
A chacun de mes séjours à Rodrigues, je rends visite à la famille, pour voir comment elle évolue, pour m'informer des besoins particuliers et les satisfaire si j'ai assez de subsides sur le "compte" de Virginia, alimenté par trois donateurs, une fois que j'ai déduit les livraisons alimentaires, l'équipement des enfants.
J'ai ainsi installé des vitres aux fenêtres et à la porte d'entrée, équipées de cartons, les différents cyclones ayant brisé les carreaux. J'ai en projet de changer les tôles rouillées que Virginia a grossièrement mises en bout de la maison pour élaborer une pièce supplémentaire et puis, très rapidement fournir un élevage qui puisse l'aider à s'assumer sans notre aide.
Mais tout tombe à l'eau quand j'apprends par Annabelle embauchée pour les vacances par un hôtel voisin, que sa mère les a mis à la porte, son frère aîné David, son autre frère Mickaël et elle, parce que qu'ils déplaisaient à son nouveau concubin...Sans commentaires. Virginia a poussé la délicatesse jusqu'à se démunir de ses vieilles tôles trouées et rouillées pour que les trois enfants se construisent un abri. Je le visite. Un lit en tout et pour tout, posé sur de la terre. Un vieux carton, dans lequel les enfants entassent leurs vêtements. Je suis atterrée. Et décide de suspendre immédiatement l'aide alimentaire attribuée à Virginia pour la faire livrer directement aux enfants. J'achète des tôles neuves, des tuyaux pour une arrivée d'eau.
Annabelle m'apprend aussi que sa mère lui soutirait régulièrement l'argent que nous lui attribuions pour son repas de midi à l'école, lui fournissant un simple morceau de pain.
Mais qui est cette femme? Et comment j'ai pu me laisser abuser par ses sourires, son accueil chaleureux?
Virginia, enceinte d'un sixième enfant est sortie de mes préoccupations évidemment.
Notre aide se poursuit en direction de Mickaël qui a trouvé refuge chez une tante et qui refuse obstinément de revoir sa mère à laquelle il ne pardonne pas de l'avoir abandonné. Nous lui fournissons de quoi se nourrir à la cantine à midi. Annabelle, qui semble réconciliée avec sa mère, fréquente deux fois par semaine une école ménagère où elle apprend la cuisine et la couture. David va à la pêche, il est le seul à habiter la nouvelle case en tôle que nous avons rénovée. Nous payons la scolarité de Geneviève en maternelle.
Comme je constate toujours, à chacun de mes voyages, de nouvelles évolutions, j'attends un peu pour savoir si nous continuons à équiper cette maison des enfants ou si nous cessons notre assistance.
Quel drame, cette famille...
Drame d'un manque évident d'éducation, de valeurs morales, de sens des responsabilités, et bien sûr, ce sont les enfants qui trinquent...Révoltant !
Posté le 23.09.2007 par solidariteenfants
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Lors de ma deuxième visite à Virginia, je constate qu'elle s'est mise en ménage avec un nouveau concubin qui ne travaille pas...Ce qui me plaît à moitié. Le rôle de notre Association n'est pas de nourrir les hommes désoeuvrés...
J'avise également une armoire toute neuve, un téléviseur et un lecteur DVD.
Virginia aurait-elle fait un héritage?
Le téléviseur, m'explique-t-elle, embarrassée, c'est pour que les enfants restent le soir à la maison, car ils allaient regarder leurs émissions préférées chez les voisins...Elle la paye à crédit au grand magasin de meubles de Port Mathurin.
L'armoire ne lui appartient pas, le lecteur DVD non plus. Ce sont ceux de son concubin...
Mais alors il pourrait les aider à les nourrir?
Non, il n'a plus de travail...
Quelque chose dans l'attitude de Virginia a changé. Je sens qu'elle n'est pas tout à fait franche avec moi. Les enfants aussi sont mal à l'aise. Sauf quend je viens les chercher pour les équiper pour l'école, que nous partons tous les quatre en voiture, que nous déjeunons ensemble, sur la route, dans une petite auberge, alors là...ils se confient davantage. Ils me manifestent beaucoup d'affection. Me sautent au cou quand j'arrive, me regardent partir avec tristesse. Ils sont en confiance.
Avec Virginia, je n'étais pas au bout de mes surprises.
Posté le 22.09.2007 par solidariteenfants
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Quand on m'indique les besoins de cette maman de cinq enfants, je me rends compte qu'effectivement, elle vit dans une petite case en tôle, qu'elle est combative, (elle fournit du charbon de bois aux hôtels environnants, et a même eu droit à une émission de télévision locale pour démontrer que l'innovation et la volonté de s'en sortir sont payantes), ouverte et sympathique.
Je décide très rapidement de l'aider.
Première étape, la livraison de nourriture. Son travail consiste à chercher du bois dans les environs et de le transformer en charbon. Ce qui lui demande beaucoup d'énergie et qui hélas ne suffit pas à nourrir toute la famille.
Deuxième étape, les enfants. L'aîné, David, 16 ans, a quitté le système scolaire et va à la pêche. Annabelle, 13 ans suit une scolarité au collège le plus proche. Mickaël, 11 ans, lui aussi va à l'école. Estelle, 8 ans, également, et la petite dernière Geneviève, pour l'instant prend encore le sein.
Pour eux, du moins ceux qui sont scolarisés, l'achat de fournitures scolaires, de chaussures, de vêtements.
Je note les dates de naissance de chacun des enfants et le moment venu nous inscrirons Geneviève en maternelle.
Posté le 21.09.2007 par solidariteenfants
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A gauche, Sivila, légèrement handicapée et scolarisée dans une école spécialisée.
A droite Florinda, que nous avons scolarisée en maternelle
Marie Bernard a toujours tenté d'obtenir de nous davantage...sans fournir beaucoup d'efforts pour se prendre en main.
Son élevage de poules a lamentablement échoué. Nous lui accorderons encore une chance. Elle souhaite élever des porcs. Nous fournirons les porcs. Et puis notre assistance cessera, je pense fin 2008. Sans pour cela laisser tomber les enfants scolarisés, comme dans toutes les autres familles.
Un jour elle a prétendu que le supermarché ne lui livrait plus rien depuis plusieurs mois. Le livreur s'est senti mis en cause. Comme si je pouvais le soupçonner de détourner la nourriture à son profit. Ce qui n'était pas le cas. Mais il a souhaité que nous nous présentions ensemble chez Marie pour la confondre. Elle nous a regardés comme si elle ne nous avait jamais vus, a prétendu n'avoir jamais eu affaire à ce "Monsieur Français" qui m'accompagnait, (alors qu'il lui livrait une aide alimentaire chaque mois!) et il en est resté tellement stupéfait qu'on a admis l'un et l'autre que Marie commençait à perdre la tête...
Un autre jour elle s'est présentée au supermarché certifiant que je lui avais donné carte blanche, à la veille de Noël, pour acheter tout ce qu'elle désirait...
Les gérants ont été très diplomates, tout en lui demandant de repasser plus tard, après m'avoir contactée et informée de ses vélléités d'achats intempestifs.
Une autre fois, Marie m'a appris en se lamentant qu'on lui avait volé 1000 roupies dissimulées sous son matelas. Elle espérait bien sûr que je me laisserai attendrir et que je remplacerai cette somme, qui me disait-elle, lui faisait cruellement défaut pour assurer les paniers repas des enfants à l'école...
Ce que j'ai refusé, bien entendu.
Pour la poussette d'Alana, qui me réjouissait, Marie me fit part de ses efforts pour le mieux-être de l'enfant, la preuve, elle n'avait pas hésité à faire un crédit dans le plus grand magasin de meubles de Port Mathurin. où je me rendis, sans lui en parler, pour solder cette dette. On consulta les fiches des acheteurs à crédit et on ne trouva son nom nulle part. Quand je revins la voir pour l'informer de ma démarche, elle bafouilla un peu, se ressaisit et m'affirma sans sourciller que l'argent lui avait été prêté par une voisine...Je suppose que la poussette lui a été fournie par un organisme humanitaire, mais qu'elle a cherché à obtenir de moi encore et encore, de l'argent...
Marie me touche par son dévouement. Elle donne sans compter à tous les membres de sa famille, et elle se bat pour que tout le monde vive mieux, quitte à mentir, à tricher, à abuser de mon aide. C'est de bonne guerre me direz-vous...mais je dois rester vigilante. J'ai des comptes à rendre aux adhérents.
Dernière anecdote. Lors de mon dernier séjour en mars 2006, j'ai distribué des préservatifs à toutes les mamans. J'en ai présenté un paquet à Marie lui recommandant d'en donner à ses filles, ses fils et à tous ceux en âge de procréer, pour qu'ils cessent de faire des enfants qu'ils auraient du mal ensuite à élever. Marie,qui n'a pas compris de quoi il s'agissait a juste entendu le mot "enfants" dans mes explications et s'est proposée, réjouie de faire avaler le contenu de mes sachets aux enfants le lendemain au petit déjeuner ! J'ai immédiatement repris ma livraison et suis revenue le lendemain avec Jean-Noël, mon collaborateur, qui a mis les choses au point en créole rodriguais...
Pas toujours facile de communiquer quand on ne parle pas la même langue...
Posté le 20.09.2007 par solidariteenfants
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Une petite-fille de Marie en train d'accoucher dans le jardin
Marie Bernard est la "matriarche" incontestée d'une très nombreuse famille dont j'ai renoncé à en déterminer tous les membres. Elle est grand-mère et arrière grand-mère et dirige la maisonnée d'une poigne de fer. C'est une femme que je trouve souvent échevelée, plantureuse, au décolleté débordant, dans une mauvaise robe informe. Je lui fais la bise avec un peu de recul...je dois l'avouer. L'hygiène à la maison, laisse à désirer.
Elle est la grand-mère paternelle des onze petits-enfants qui vivaient chez Denise (grand-mère maternelle, dont j'ai déjà parlé) et qui ont préféré la quitter pour se réfugier chez Marie. Je n'en ai jamais su les raisons exactes.
Marie, très généreuse, accueille de toutes façons tous les enfants de la famille qui ont besoin d'elle. Nous l'aidons depuis janvier 2002.
Elle a récemment pris en charge une de ses petites-filles gravement handicapée, Alana. Quand j'ai découvert cette enfant gisant sur une paillasse, envahie par les mouches, dans une case en tôle dépourvue de fenêtre et de lumière, très maigre, j'ai réagi aussitôt et l'ai conduite à l'hôpital. Sa mère aurait dû l'amener régulièrement pour des visites programmées sur un petit carnet, ce qu'elle n'avait pas fait, faute de moyens pour payer le bus m'a dit Marie, mais à l'hôpital, on m'a certifié que pour les familles en difficulté, une ambulance gratuite venait chercher les malades. J'en ai informé Marie, qui a fait mine de l'ignorer, et lui ai recommandé d'apporter dorénavant tous les soins nécessaires à la petite. Apparemment, c'est ce qu'elle fait parce que l'enfant va mieux. Marie lui a même acheté une poussette pour que Alana puisse profiter du soleil et de l'animation permanente qui règne dans la cour.
A chacun de mes voyages à Rodrigues, j'apporte des vêtements, des chaussures, des jouets, autant que la compagnie aérienne me permet en poids de bagages autorisés. J'en ai donnés sans compter à Marie, pour habiller et chausser toute la famille.
Nous l'aidons bien entendu sur le plan alimentaire et nous scolarisons ses arrière-petites-filles en maternelle.
Nous lui avons acheté un grand nombre de poules, qui auraient dû en principe se reproduire et permettre à Marie et à sa famille de récupérer un peu d'argent avec la vente des poussins et des oeufs. Mais rien ne se passe jamais comme prévu chez Marie. Le voisin s'est paraît-il plaint que les poules venaient gratter dans son jardin, nous avons donc fourni des cages. Grillage et volailles ont disparu sans que je parvienne à savoir ce qui s'était passé.
Un autre choc, lors de ma première visite. Une jeune femme, vraiment très jeune, était allongée sur un matelas moisi et éventré, dehors, sous un arbre, en train d'accoucher, une toute petite fille assise à ses côtés. On attendait l'ambulance, sans trop s'affoler, comme si c'était là une situation normale. La maman serait bientôt transportée en milieu hospitalier et mettrait au monde un ènième enfant qui vaquerait comme les autres pieds nus dans la boue, les vêtements en loques.
J'ai eu beaucoup de mal à convaincre Marie de mettre les enfants à l'école. Je lui en ai pourtant expliqué l'importance. J'ai emmené les enfants scolarisés à Port Mathurin, leur ai acheté fournitures scolaires, vêtements, chaussures et j'ai contrôlé...3 mois plus tard les vêtements flambant neufs portaient toujours leurs étiquettes, et j'ai trouvé les enfants à la maison en plein milieu de la journée. "Ils ont mal au ventre" m'a dit Marie...Tous? Et les vêtements? "Ils les portent pour aller à la messe..." "Avec les étiquettes? " "Avec les étiquettes..."
Si Marie avait l'intention de les revendre, elle sait maintenant que j'exerce un contrôle.
Toute la famille est analphabète et s'en sort tant bien que mal. Alors pourquoi l'école? J'ai dû menacer. Si je trouvais encore les enfants à la maison, je supprimerais toute aide alimentaire. J'ai chargé Bernard et Jean-Noël de passer souvent, de vérifier. Marie a peut-être compris ou pas, mais sous notre pression elle envoie les enfants à l'école... Ce qui est déjà une victoire.
Posté le 20.09.2007 par solidariteenfants
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Le Récif, l'Auberge à Anse aux Anglais qui m'accueille à chacun de mes séjours
Pas facile de convaincre de notre honnêteé et de notre efficacité...Outre les 50 adhérents donateurs, aussi bien Réunionnais que Métropolitains, des organismes tels que :
- le Rotary Club de Brioude qui a financé l'équipement en matériel pédagogique de 14 écoles maternelles de Rodrigues, aide échelonnée sur deux ans,
- le Lions Club de St-Denis, qui nous a attribué 720 euros dans un premier temps, puis qui s'est rendu sur place pour évaluer notre travail et qui a été convaincu, prêt désormais à poursuivre son aide,
- l'Association THOT, basée à Genève, dont l'objectif est d'alphabétiser les Etrangers de façon à ce que leur intégration dans la vie active en Suisse se passe mieux, mais qui oeuvre aussi dans le monde entier pour développer la scolarisation des enfants,
- Le Cercle des Epicuriens de La Réunion, séduit par l'esprit de notre Association, suite à une émission de radio, et qui propose d'organiser deux grands repas dont les bénéfices seront reversés à AERO, un premier à Rodrigues en mars 2008, un second à La Réunion, dont la date n'est pas encore fixée,
- "Partir Tranquille" organisme dont le but est de fournir des gardiens aux personnes qui partent en vacances, structure très sérieuse, dont le directeur, touché par notre démarche, propose de m'aider à créer un site internet, (www. partirtranquille.com)
- Willy Auguste, directeur du petit hôtel restaurant "Le Récif" à Anse aux Anglais, à Rodrigues, là où je me pose quand je me rends dans l'île et qui, sensible à mon engagement humanitaire dans l'île, m'accorde des tarifs défiant toute concurrence, également directeur d'un des plus grands hôtels de Rodrigues "Le Mourouk Ebony", mais les grands hôtels réservés aux touristes, avec piscine, plage, animations tous les soirs, club de plongée, de planche à voile, etc, ne sont pas ma tasse de thé. Je ne vais pas à Rodrigues pour me distraire mais pour travailler. Cependant je salue l'esprit de l'hôtel Mourouk, qui cherche à mettre en valeur l'authenticité de Rodrigues.
Comme quoi on peut avoir pignon sur rue et faire preuve de solidarité avec les plus démunis...
Posté le 19.09.2007 par solidariteenfants
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Case en paille à Rodrigues, comme on en voit encore quelquefois.
Non, ce n'est pas la maison de Noëlla, (en tôle), qu'on peut apercevoir à l'arrière plan sur la photo de Cissa (page précédente)
Noella m'avait confié son désir de se séparer de son concubin et appris qu'elle avait fait de nombreuses démarches pour obtenir du gouvernement une maison en dur de façon à pouvoir quitter cet enfer.
Le fait qu'elle vive seule et démunie avec ses trois enfants avait motivé ma décision de l'aider.
Quelle ne fut pas ma surprise à mon retour à Rodrigues, en décembre 2006 d'apprendre qu'elle avait réintégré le domicile conjugal...Lorsque j'allai la voir, je m'inquiétai :
"Comme se comporte votre ami? Ne va-t-il pas revendre le riz que nous vous livrons pour boire? Frappe-t-il toujours les enfants?
"Il s'est calmé. Tout va bien. La police l'a menacé. S'il manifeste encore une quelconque violence à notre égard, il ira en prison..."
Mais je n'étais pas tranquille. Un alcoolique violent récidive toujours...
Noella, elle, ne semblait pas inquiète. Mais Bryen accusait toujours de larges cernes et n'avait pas retrouvé le sourire.
Cependant, lorsque Bernard décida de s'en occuper, comme je le lui avais demandé, tout changea pour Bryen.
Alors que j'étais rentrée à La réunion, il vint le chercher un jour en moto et ils passèrent la journée à se balader dans l'île, plage, pêche, restaurant et longues discussions. L'enfant était ravi. Bernard lui proposa alors de s'inscrire à un concours sportif et l'encouragea. "Tu peux gagner la course. Donne le maximum. Tu vas être le plus fort, tu vas voir..."
Bryen, boosté et confiant, termina en tête et revint triomphant avec une médaille de vainqueur qu'il me montra fièrement à mon voyage suivant.
Il était également doué en dessin. Il me montra également des esquisses assez remarquables. Et surtout, il avait changé. Son faciès, détendu, n'était plus du tout le même. Il s'animait, souriait, je ne le reconnaissais plus. Bryen avait compris qu'il avait des amis, Bernard et moi.
Lorsqu'il me montra ses résultats scolaires, assez pitoyables, il faut l'avouer, je le rassurai. "Même si tu ne réussis pas tes examens de fin d'année, ne t'inquiète pas. Nous t'inscrirons dans une formation pratique et nous assurerons tes frais de scolarité. Et continue à faire du sport et à dessiner. Il faut développer ce qui te plaît. Peut-être que nous pourrons aussi te trouver des débouchés dans ces domaines là..." Bryen, à qui on avait toujours reproché ses échecs, s'illumina.
Par contre, dès mon retour, en mars 2007, Bernard m'avait informé des agissements peu orthodoxes de Noella.
"Elle se rend régulièrement à Port Mathrurin et elle demande de l'argent à tous les passants. Elle hante les bureaux de l'administration pour obtenir des aides, et hélas, elle se prostitue...Elle est également alcoolique. J'ai mis le couple face à face et son concubin m'a expliqué que s'il la frappait parfois, c'est qu'il était excédé de la trouver dans les bras d'autres hommes, et souvent ivre. Noella a admis les faits..."
Je découvrais une autre facette de cette dame qui avait tenté de me manipuler, et fus sur le point de lui couper les vivres. Mais je pensai aux enfants et optai pour lui faire la leçon.
"Noella, essayez d'être à la maison quand vos enfants rentrent de l'école. Apportez leur de l'amour et toute votre attention pour qu'ils réussissent en classe. Soyez une mère présente. Cessez de mendier en ville. Vous donnez une bien piètre image de vous à vos enfants. Si vous ne changez pas d'attitude, nous aiderons une autre famille plus méritante."
Noella promit.
Comme elle m'avait demandé en décembre d'intervenir pour obtenir cette fameuse maison en dur qui lui faisait envie, et que, ignorant encore ses turpitudes, j'avais prié les autorités de lui octroyer ce logis pour qu'elle échappe aux coups de son concubin, j'avais découvert avec stupeur qu'elle s'était tournée vers lui, en présence de Bernard, pour s'exclamer : "C'est super, on va bientôt avoir une maison..."
De toute évidence, elle ne souhaitait pas le quitter.
Je décidai de lui apporter notre soutien jusqu'à la fin de l'année, et puis, de trouver une solution pour assister les enfants et uniquement eux dans leur parcours scolaire, sans plus me préoccuper des parents.
Mon prochain séjour à Rodrigues aura lieu en décembre. Et j'ai bien l'intention effectivement de diriger nos efforts vers d'autres mamans démunies d'autant que j'ai appris qu'elle errait toujours dans les rues de Port Mathurin, qu'elle continuait à faire la manche, se servant de sa petite dernière dans ses bras pour émouvoir les passants...
Suite à une émission de radio que j'avais faite en mars à Rodrigues, de nombreuses jeunes femmes s'étaient manifestées, dans l'attente d'une aide de notre part. Mais encore une fois, je manquais de donateurs et ne pus rien leur promettre. Les adhérents qui se mobilisaient pour Noella seront désormais basculés sur une autre famille un peu plus digne je l'espère...
Je pense que ce genre de déboires est inévitable. Mais il m'est très pénible de "juger" les gens. Je ne suis pas là pour ça. Cependant, il est également de notre devoir, dans l'Association de bien cibler notre aide. Si elle est dilapidée (dans le cas de Noelle, je l'ignore) ou mal employée, il faut rectifier le tir. J'ai déjà été obligée d'agir de la sorte plusieurs fois, avec des mamans irresponsables, sans jamais perdre les enfants de vue, et en continuant à les aider différemment.