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solidariteenfants
Description du blog :
exemples de solutions pour venir en aide aux enfants défavorisés d'une petite île lointaine : Rodrigues. Une Association existe : AERO : aide aix enfants de Rodrigues
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
31.08.2007
Dernière mise à jour :
03.11.2007
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Noella

Posté le 17.09.2007 par solidariteenfants
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Cissa la petite fille de 3 ans Noella, que nous scolarisons en maternelle en janvier 2008 pour 2 ans

Je revis Noella tout à fait par hasard deux jours plus tard, devant la banque à Port Mathurin. Elle était accompagnée de ses deux filles et je manifestai ma joie. "Vous avez pu les récupérer? Quelle bonne surprise..." Noella m'apprit que la police était venue chez son concubin et avait rendu les petites à leur mère. Ouf ! Mais un détail me troubla. Noella portait un ensemble ravissant, flambant neuf, et sa petite fille une jolie petite robe qui n'avait pas fait partie de mes achats quelques jours plus tôt. Ainsi les vêtements de la famille n'avaient donc pas brûlé en totalité? Et la robe informe qui flottait autour de Noella quand j'étais allée la chercher faisait-elle partie d'une mise en scène pour m'apitoyer? Tout en me réjouissant de l'heureuse issue de la douloureuse épreuve que venaient de subir les enfants, je commençai à me poser des questions.
Lors de mon voyage suivant, quand, très tôt le matin, je vins chercher les enfants pour les équiper en fournitures scolaires, Noella et son concubin, déjà ivre, m'accueillirent. Bryen, les yeux cernés, me parut très triste, fermé, absent. Je tentai de le mettre en confiance pendant que nous faisions les courses et il m'avoua qu'il était régulièrement battu par le concubin de sa mère. Je lui donnai mon numéro de téléphone en l'encourageant à m'appeler dès qu'il se sentirait en difficulté.
La veille de mon départ, dans un restaurant de quartier, alors que nous venions l'un et l'autre chercher un plat rapide à emporter, je rencontrai un Français qui m'aborda et nous échangeâmes, entre compatriotes, quelques mots. Je lui appris ce que je faisais dans l'île, il travaillait aussi à soulager les plus démunis, mais au coup par coup et émit le désir de s'investir dans notre Association. Je lui confiai aussitôt la tâche de s'occuper plus particulièrement de Bryen.



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Noella

Posté le 16.09.2007 par solidariteenfants
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Bryen, l'aîné des enfants de Noella

Quand je revins chercher Noella et ses enfants chez Lina, à Camp Pintade, un comité de femmes et d'enfants endimanchés m'attendait sous un arbre au bord la route. Tout ce monde là cherchait un moyen de transport gratuit pour se rendre à La Ferme, là où nous avions prévu de faire nos courses. Il ne m'était pas possible de donner satisfaction à ces mamans, ma voiture étant limitée en place assises. J'intallai Noella à l'arrière et pris la route. Noella était vêtue d'une mauvaise robe brunâtre, "prêtée par son amie Lina" me dit elle, puisqu'elle ne possédait plus rien.
Je m'étais arrangée, en rentrant la veille à l'hôtel , en consultant mes dossiers pour dispatcher les donateurs. Je pouvais réduire les dons des familles qui bénéficiaient de trois donateurs, ne plus leur en attribuer que deux, notre programme élevage prendrait un peu plus de temps mais au moins, cette maman là serait aidée aussi. Je me promettais de les informer de la situation qui me paraissait urgente, dès mon retour à La Réunion.
J'achetai donc vêtements chaussures et fournitures scolaires auc deux aînés, et refusai catégoriquement toute emplette pour Noella, qui s'extasiait devant les mannequins exposés en vitrine.
"Notre Association se mobilise exclusivement pour les enfants. Désolée, mais nous ne pouvons pas offrir aux mamans les vêtements qui leur font envie."
J'avais un peu de mal à la cantonner dans sa robe informe, à rejeter toute aide pour elle seule, mais je devais suivre l'éthique de l'Association et elle accepta ma décision sans insister.
En la ramenant chez Lina, je lui donnai rendez-vous pour le surlendemain afin de voir comment elle se sentait, maintenant que la nourriture lui avait été livrée et que les enfants disposaient du minimum vital.
Quand je revins, seul Bryen m'accueillit. Sa mère était à Port Mathurin, dans les locaux de la police. Le concubin était venu enlever ses deux filles qu'il avait ramenées chez lui. La petite dernière était encore au sein. C'était un alcoolique. J'étais affolée.
Quand je téléphonai à Jean-Noël pour lui exposer la situation, très calmement, il me dit que le père, sans doute informé par le bouche à oreille, (les nouvelles vont vite à Rodrigues) avait eu vent de mon aide, désirait en bénéficier lui aussi, et pour faire revenir sa femme à la maison et jouir de la nourriture gratuite qui était alllouée à la famille, il n'avait rien trouvé de mieux que de ramener les enfants à la maison, espérant que la mère suivrait, les livraisons aussi.
Ainsi j'avais déclenché un drame pour deux petites filles que je désirais aider, maintenant entre les mains d'un père irresponsable et violent et je retrounais longuement ce problème dans ma tête. Que faire? Jean-Noël me dissuada d'intervenir auprès des autorités. J'étais étrangère. Je ne devais jamais l'oublier.Je devais attendre. Mais je dormis très mal ce soir là, obsédée par la toute petite Johana qui devait réclamer sa mère à corps et à cris et par sa soeur, évidemment perturbée et sans doute en danger.


Noella, Camp Pintade

Posté le 16.09.2007 par solidariteenfants
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Jean-Noël HORTENSE et sa femme Moumine, mes précieux collaborateurs à Rodrigues

Noella avait entendu parler de l'Association et avait contacté Jean-Noël, mon collaborateur à Rodrigues pour obtenir de l'aide. Maman de trois enfants, elle s'était plaint d'un concubin alcoolique qui la frappait régulièrement.
Lors d'un de mes séjours à Rodrigues, Jean-Noëll m'a donc conduite chez elle, à Camp Pintade pour que je puisse me rendre compte moi-même de ses conditions de vie. Malheureusement son concubin était absent. J'aime bien prendre contact avec toute la famille avant de me forger une opinion.
La famille habite dans une minuscule case en tôle de deux pièces, schéma claissique à Rodrigues. L'aîné des enfants, Bryen, est né d'un premier lit, fils d'un Mauricien, Vanessa et Johana sont les filles de l'actuel concubin de Noella.
Elle m'expose sa situation. Son ami, pêcheur, ne gagne pas suffisamment d'argent pour nourrir la famille, de plus il boit...Elle se trouve donc dans la misère et sollicite mon aide. Hélas, pour l'instant, je n'ai pas encore de donateurs pour elle. En effet, nous nous occupons toujours de Daniel Raphael, à Plaine Corail et je ne vois pas bien avec quel crédit je pourrai la secourir. Je fais une fiche, pour la mettre en priorité sur liste d'attente, prends note de l'âge des enfants, et m'engage à faire tout mon possible pour l'aider.
Pendant mon séjour suivant, je rends visite à une autre famille que nous avons "abandonnée" parce que désormais capable de subvenir à ses besoins, équipée de cochons, de cabris, de poules. De plus, cette maman, Lina, a finalement trouvé un concubin qui l'aide à élever ses trois enfants et je constate que la maison s'agrandit, en travaux, mais en bonne voie d'amélioration, que les poules se multiplient, que les cochons aussi.
Mais, je ne me désintéresse jamais des familles que nous avons aidées, à qui je rends visite régulièrement pour savoir où elles en sont.
Quelle n'est pas ma surprise de trouver Noella, réfugiée chez Lina, complètement perturbée. Elle m'apprend que son concubin, dans une crise de delirium aigu, a frappé les enfants, a mis le feu à ses vêtements, et qu'elle a dû s'enfuir, terrorisée avec ses enfants. La voilà sans aucune ressource, dépendante de Lina, qui, pour s'en être sortie, ne roule pas vraiment sur l'or.
Je décide d'agir immédiatement et de lui faire livrer de la nourriture, lui donnant rendez-vous pour le lendemain pour faire des courses de première nécessité pour les enfants.
Noella, par la suite, devait me réserver certaines surprises auxquelles je ne m'attendais pas....

Famille RAPHAEL Plaine Corail

Posté le 15.09.2007 par solidariteenfants
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Daniel RAPHAEL, juste après le décès de sa grand-mère.

Ils sont quatre dans cette famille, deux jumeaux, (fille et garçon) de 13 ans, une fille aînée de 16 ans et leur grand-mère. Ce sont trois orphelins.
Ils n'ont aucune ressource, à part la pension de 2000 roupies versée à la grand-mère par le gouvernement, soit 50 euros par mois.
Les enfants vont à l'école.
Dès que je prends connaissance de leur situation, je décide de leur faire livrer à eux aussi pour 1300 roupies de nourriture par mois. Ils habitent un endroit isolé en pleins champs. A ma demande, que souhaitent-ils élever? Des cabris me répond la grand-mère.
J'assure, comme pour les autres enfants, l'achat de fournitures scolaires, de vêtements, de chaussures.
Mais bien vite la grand-mère qui se sent de plus en plus impotente, décide de retirer Daniella de l'école pour qu'elle s'occupe de la maison. Rien ne pourra la faire changer d'avis. La petite, très timide, est donc condamnée aux travaux ménagers, sans plus aucune vie sociale, ni aucun moyen de s'assumer un jour.
Daniel, son frère jumeau, semble réussir à l'école.
6 chèvres leur sont livrées. C'est Daniel qui s'en occupe. Et il le fait bien. Je constate même des naissances. Le troupeau s'agrandit, au grand soulagement de sa grand-mère qui se faisait beaucoup de soucis pour les trois enfants lorsqu'elle envisageait sa disparition.
Puis la grand-mère meurt. L'aînée des filles et Daniella se réfugient chez une tante, Daniel reste seul, très éprouvé par la mort de sa grand-mère. Je continue à m'occuper de lui, l'encourage à bien travailler, lui fournit tout ce dont il a besoin, mais je le trouve triste. Il m'annonce qu'il est obligé de changer d'orientation, ses résultats scolaires n'étant plus suffisants. Il choisit une formation en mécanique, mais comme je veux suivre de près sa scolarité, je rends visite au directeur de l'établissement qui m'apprend qu'il s'absente souvent.
Je tente d'en comprendre les raisons. L'enfant se ferme.
Ses soeurs viennent chaque mois récupérer la moitié de l'aide alimentaire. Daniel me dit qu'il ne peut pas vivre avec ce qui lui reste. Je fais augmenter les rations. Et puis Daniel quitte définitivement l'école, sans explication.
Plus tard, lorsque je vais le voir, les voisins me disent que les cabris ont été vendus et que les trois enfants ont quitté Rodrigues pour aller à Maurice, chez un membre de la famille et qu'ils cherchent du travail.
Je n'ai plus jamais eu de nouvelles d'eux.
Lorsque je préviens les trois donateurs qui se mobilisaient pour les aider, je leur demande s'ils sont d'accord pour porter désormais leur soutien à une autre famille. Ce sera Noella.

le développement de l'Association

Posté le 14.09.2007 par solidariteenfants
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De quatre familles, bientôt, l'Association AERO en géra douze, puis quinze, puis actuellement 28.
Au retour de chacun de mes voyages, j'expédiai aux adhérents photos et commentaires sur l'évolution des familles, les réussites ou les échecs rencontrés.
J'avais trouvé une autre formule pour fournir l'aide alimentaire aux familles. Je m'étais entendue avec le supermarché ROUSSETY, à Port Mathurin, avec lequel nous travaillons toujours, pour qu'il livre directement la nourriture aux familles. J'en avais élaboré la liste avec elles, à hauteur de 1300 roupies. Cette livraison comprend : un sac de 25 kilios de riz, des pâtes, des grains secs, des conserves, du dentifrice, des savonnettes, du savon (pour la lessive) des corn flakes, de l'huile, du poisson ou un poulet congelé.
Un autre collaborateur, plus sérieux que le premier, (qui avait "omis" pendant quelques mois de payer les familles, puisant dans les subsides de l'Association mais qui, lorsque je m'en suis aperçue, m'avait fait promettre de ne pas en parler à sa femme..., moyennant quoi il me rendrait tout l'argent "détourné", ce qu'il a fait jusqu'au dernier centime de roupie, j'y ai veillé), un autre collaborateur donc avec lequel nous fonctionnons depuis quatre ans, paye le supermarché chaque mois, visite régulièrement les familles en mon absence et me fait part des difficultés qu'il rencontre. Il me fait parvenir comptes et factures et tout est parfaitement en ordre. C'est une personne de confiance qui s'investit, avec son épouse, dans notre démarche, sensibilisés par l'intérêt que nous portons aux plus démunis de leur île, et je me réjouis d'avoir enfin déniché la perle rare. Il s'agit de Jean-Noël et de Marie-Claude Hortense, eux mêmes parents de deux adorables filles. Jean-Noël travaille comme arpenteur pour le gouvernement, sa femme s'occupe de ses filles, de la maison, de ses poules, de ses canards, et ...de tous les enfants du quartier qui s'invitent chez eux pour se mettre à table. Elle aimerait bien trouver un petit boulot qui la sorte un peu de ses tâches ménagères, elle cherche, mais ce n'est pas facile à Rodrigues.

Passons à l'étude, cas par cas de chaque famille aidée par AERO

La famille CHEVERRY à Songe :
C'est le papa qui assure dans cette famille de 3 enfants, qui vit dans une case en tôle de deux pièces. Il est pêcheur, ne gagne pas suffisamment d'argent pour vivre décemment. Sa femme est alcoolique et quitte régulièrement le domicile conjugal. Elle peut s'absenter trois jours comme un mois entier. Gonzagues, son mari, va régulièrement la chercher, mais elle repart et à ma dernière visite elle n'avait plus donné signe de vie depuis 8 mois. Les enfants me semblent d'ailleurs aller mieux car elle déstabilisait complètement la famille et ils se sentaient abandonnés à chacune de ses fugues.
Nous fournissons à Gonzagues une aide alimentaire mensuelle.
Nous avons payé la scolarité en maternelle de Miguel, le petit dernier, et nous achetons fournitures scolaires, chaussures et parfois des vêtements aux trois enfants à chaque rentrée.
Moylane, l'aînée, en échec scolaire, avait quitté l'école. Je l'ai persuadée d'y retourner et de s'inscrire dans un cycle de formation pratique plus adapté à son niveau. Elle a hésité un moment, puis a accepté. La voilà donc de nouveau à l'école. Nous lui apportons chaque semaine de quoi s'acheter un repas de midi correct sur place, dans l'enceinte de l'école, car il n'existe pas de cantine scolaire à Rodrigues. Elle m'a montré fièrement en décembre 2006 ses classeurs, ses cahiers, son travail. Je l'ai chaleureusement félicitée, évidemment.
Nous avons acheté des moutons et des poules à Gonzagues. Mais les animaux ont été d'après lui décimés par une étrange maladie. J'ai plutôt tendance à penser qu'il les a soit mangés soit revendus, malgré ses dénégations. Je lui avais expliqué que ces animaux étaient destinés à se reproduire, il pourrait alors vendre soit les oeufs, soit les poussins, soit les agneaux mais en aucun cas les "parents", capital de départ. Mais comment ne pas comprendre que lorsque on se trouve dans une telle misère et justement à la tête d'une "fortune" en bétail, on ne soit pas tenté de récupérer un peu d'argent ?
Cependant, j'ai fait la leçon à Gonzagues, qui désire maintenant élever des porcs. "C'est votre dernière chance. Si vos cochons ne se reproduisent pas, nous cesserons notre aide" (commencée en décembre 2002)
Nous avons installé l'électricité dans sa petite case. (Gonzagues s'éclairait à la bougie), fourni des tôles neuves pour qu'il puisse aménager une pièce supplémentaire qui ferait office de cuisine, et puis tout récemment obtenu du nouveau gouvernement la promesse d'octroyer à Gonzagues et à ses 3 enfants une maison en dur, au cours de l'année 2007. Je verrai ce qu'il en est lors de mon prochain séjour en décembre.
Deux adhérents donateurs versent chacun 20 euros par mois pour cette famille. Soit 40 euros, soit environ 1600 roupies par mois. Comme la nourriture s'élève à 1300 roupies, c'est avec les 300 roupies mensuels qui restent que nous pouvons acheter en fin d'année fournitures scolaires et bétail.
Les adhérents reçoivent le relevé annuel de leurs dons et des achats effectués, factures à l'appui. Ainsi, chacun sait exactement comment est utilisé l'argent qu'il verse à l'Association.
Adresse de l'Association : AERO : 11, rue Hippolyte Foucque, 97480 - St-Joseph.


les familles (suite)

Posté le 13.09.2007 par solidariteenfants
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Les Jumelles de Camp Pintade, avec leur petite soeur, de retour à l'école après mon passage et mes "premiers secours". Elles sont encore bien tristes ! Peu à peu, elles se sont épanouies.

Certains de mes collègues de travail répondirent favorablement à mes prières...J'avais ramené des photos des enfants, affichées en même temps qu'une note d'information en salle des professeurs. Je contactai également la centaine de parents des élèves de mes classes. Et on se mobilisa.
Le bouche à oreille fonctionna ensuite si bien que je pus rapidement venir en aide à une grand-mère de onze petits-enfants, Denise, qui habitait à "Soupir" elle aussi toute fluette sous son grand chapeau de paille. Puis ce fut le tour de deux jumelles Johane et Johana que nous avions scolarisées en maternelle et lorsque je me rendis à l'école de Camp Pintade pour les voir, leur institutrice m'apprit qu'elle ne les avait pas vues depuis plusieurs jours. Je me rendis auprès de la famille qui vivait dans une case en tôle de deux pièces. Le papa, responsable de son village, m'en expliqua les raisons. Toutes simples. Il n'y avait plus de riz à la maison pour confectionner le panier repas des petites. Aussitôt, je l'accompagnai en voiture à la boutique la plus proche et achetai un sac de 50 kilos de riz.
J'avais suffisamment d'argent pour fournir à chacune de ces quatre familles 1200 roupies (30 euros) en espèces chaque mois de façon à ce qu'elles achètent elles-mêmes la nourriture et les vêtements dont les enfants auraient besoin.
Il me fallut trouver un intermédiaire à Rodrigues à qui j'enverrai un mandat mensuel et qui se chargerait de répercuter ces sommes à leur destinataire. Andy, le mari mon amie institutrice accepta de s'en charger.
Je compris très rapidement mes erreurs. Mais j'étais novice en matière de gestion humanitaire à l'étranger.
J'avais toujours appartenu à un organisme humanitaire, en l'occurence "Terre des Hommes" sans en partager les responsabilités, me contentant de recueillir des fonds.
D'une part, ne jamais donner d'argent en espèces aux familles.
D'autre part, faire preuve d'une vigilance extrême aussi bien vis à vis du "collaborateur" que des familles elles-mêmes.
Tout ne fonctionna pas aussi bien que je l'espérais et il me fallut rectifier le tir lors de mes voyages suivants.

Les familles

Posté le 12.09.2007 par solidariteenfants
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Idola CUPIDON, la grand-mère de Bryen

A mon troisième voyage à Rodrigues, je dénichai une petite maison dont le loyer était très abordable. Il faut savoir qu'à Rodrigues, on obtient 40 roupies environ pour 1 euro, mais ce taux varie en fonction de la fluctuation de la monnaie mauricienne. J'avais pour voisins un couple adorable avec lequel je me liais bien vite d'amitié. Biantie, la jeune femme, était institutrice. Andy, son mari, préférait s'occuper à de petits travaux ponctuels plutôt que d'assurer un travail fixe. Biantie, très ouverte, chaleureuse et toujours souriante me plut immédiatement. C'est elle qui me signala, dans sa classe, deux jeunes garçons qui paraissaient très démunis, car ils venaient à l'école pieds nus et sans panier repas. Leurs camarades partageaient volontiers le peu qu'ils avaient eux-mêmes mais c'était insuffisant et les deux enfants se sentaient dévalorisés en permanence. Je cherchai à mieux connaître leur situation familiale et Biantie proposa de m'accompagner un soir après l'école dans leur famille. Ils habitaient tous les deux à Crève-Coeur, ça ne s'invente pas.
Notre première visite fut pour Jeff. J'avais invité les garçons à monter dans ma voiture, que je louais depuis peu, après avoir sillonné l'île en bus poussifs (mais nettement plus performants aujourd'hui) et m'être beaucoup déplacée à pieds (le cadre est tellement enchanteur) mais je m'étais fait mordre à deux reprises par des chiens errants, à ma grande stupéfaction moi qui aime les animaux et qui m'étais toujours imaginé qu'ils le sentaient, mésaventure désagréable qui me décida à louer un véhicule. Les garçons furent enchantés. Une voiture ! Luxe suprême à Rodrigues où il en existait très peu. Il m'était d'ailleurs souvent arrivé au cours de mes promenades, d'accepter l'invitation d'un automobiliste qui s'arrêtait obligemment à ma hauteur pour me demander si je désirais un moyen de transport après s'être informé de ma destination. Tant de gentillesse, totalement dépourvue d'arrière-pensées malsaines, me confondait. Il s'agissait simplement de rendre service de façon gratuite et désintéressée. Parfois même le chauffeur faisait un détour pour me déposer juste devant l'endroit où je désirais me rendre et repartait en me souhaitant une bonne journée. Je mis évidemment plus tard en pratique ces attentions aimables dès que je fus en possession d'un véhicule en me disant que nulle part ailleurs on ne trouvait cette convivialité spontanée et qu'il ne fallait surtout pas en perdre la pratique !
Jeff habitait un peu au-dessus de l'hôpital, avec ses parents et un petit frère handicapé, dans une maison de deux pièces qui leur avait été fournie par une association religieuse. On m'offrit une chaise mais il n'y en avait pas pour tout le monde. Biantie resta debout. Dans la pièce où on me reçut, une petite table et quelques ustensiles de cuisine par terre. Dans la seconde pièce, un seul lit, sur lequel était entreposé pêle-mêle quelques vêtements.
Avec l'aide de Biantie qui traduisait les objectifs de l'Association à la maman de Jeff au fur et à mesure que je les présentais, pour l'instant, fournir aux enfants une aide alimentaire quotidienne, je parvins à expliquer ma démarche. Le papa était absent, à la pêche m'apprit sa femme. Je promis donc de m'occuper d'eux au plus vite.
Bryen, lui, vivait avec sa grand-mère, Idola, toujours à Crève-Coeur mais sur la route qui mène à Mont Lubin, juste au-dessus du premier arrêt de bus.
Idola nous raconta son histoire. Sa fille était morte dans un accident de voiture et elle avait récupéré ses six enfants qu'elle parvenait difficilement à nourrir. Le papa? Parti à Maurice depuis longtemps et dont personne n'avait jamais eu de nouvelles. Une des soeurs de Bryen, tellement choquée par la disparition brutale de sa mère, était devenue muette et avait dû abandonner sa scolarité.
La situation de cette famille me bouleversa. D'autant que Idola, petite grand-mère chétive, très menue, faisait preuve d'une ténacité hors du commun. Elle habitait dans une maison en dur offerte par le gouvernement après que sa case en tôle ait été soufflée par un cyclone. Je n'en ai jamais vu que la pièce d'accueil, assez bien meublée, avec un canapé, un meuble vitré où trônaient des bibelots clinquants au goût douteux. Mais j'appris bien plus tard que rien de tout cela ne lui appartenait, entreposé ici par une de ses filles installée à Maurice et qui avait l'intention de les récupérer un jour ou l'autre, ce qu'elle fit sans vergogne quelques années plus tard, laissant sa mère dans des pièces totalement nues.
Je décidai immédiatement de venir en aide à cette famille et rentrai à La Réunion animée d'une énergie combative pour trouver des adhérents qui seraient sensibles comme moi à cette misère que je trouvais inacceptable. Nombre de mes collègues de travail jouissaient d'un salaire plus que confortable, était-il possible qu'ils restent indifférents à cette détresse humaine, aux besoins vitaux de ces enfants qui vivaient là, à quelques encablures d'eux?

Le tourisme à Rodrigues (suite)

Posté le 10.09.2007 par solidariteenfants
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Photo du haut : le groupe "Cascavelle", de Petit Gabriel
Photo du bas : un futur musicien sans aucun doute...

Pour en revenir aux musiques traditionnelles de l'île, elles sont très vivaces. Chaque village possède son groupe de musiciens et de danseurs qui se produisent régulièrement dans les hôtels de l'île. Une fois par an, un coucours est organisé pour élire le meilleur groupe.Le plus dynamique, le plus inventif, bénéficiant de véritables virtuoses.
Rodrigues a été découverte par un Français, ce qui explique l'héritage musical qui se perpétue. Plus tArd, l'île est devenue anglaise, d'où le scottish.
Les Rodriguais parlent trois langues. Le français, l'anglais et le créole. La population reste sentimentalement très attachée à la France.
Il existe quatre grands hôtels à Rodrigues et une multitude de gites, de logements chez l'habitant, de bungalows, de maisons individuelles à louer, de petites auberges. Bref de quoi satisfaire tous les goûts des touristes.
On dit souvent que l'île a conservé un caractère authentique, qui privilégie la nature, le contact très simple et spontané avec les habitants.
Pendant très longtemps, on ne fermait pas les maisons. Les voleurs n'existaient pas et la prison était vide. La prison ! Elle se trouve à Pointe la Gueule, de longs murs blancs, pas plus hauts que la taille d'un homme, sont décorés de peintures aux couleurs vives, et les portes sont toujours ouvertes. La plupart des prisonniers sont autorisés à sortir mais doivent rentrer dormir le soir dans leur cellule. Les vols sont rares. Pour la simple raison que l'île est si petite qu'on retrouverait immédiatement le voleur. On voit donc des motos, des vélos, des voitures, stationner sans protection un peu partout au bord des routes... Les grands hôtels offrent des animations quotidiennes le soir. Bien souvent l'entrée est libre. On peut venir danser, écouter un artiste chanteur, assister à un spectacle de musique traditionnelle, même quand on est étranger à l'hôtel.
Les gens se font spontanément confiance. Le climat est détendu, l'atmosphère bon enfant. C'est tellement agréable...

Pourquoi la pauvreté ?

Posté le 08.09.2007 par solidariteenfants
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Retour de pêche.
Rodrigues est une île de pêcheurs cernée par un lagon magnifique de 200 km2, qui s'épuise. Seuls les plus aisés (très rares) peuvent s'offrir un bateau capable de franchir la barrière de corail. La plus grande partie des habitants pêchent à l'intérieur du lagon, soit pour se nourir soit, quand la pêche a été bonne pour revendre le poisson aux hôtels restaurants ou aux autochtones. Ils sont parfois regroupés en coopératives. On voit les femmes, piqueuses "de zourites" c'est à dire de pieuvres, très tôt le matin, abritées sous de larges chapeaux, les jupes relevées jusqu'à mi-cuisses, déambuler lentement dans le lagon, munies d'une pique adéquate, scrutant le fond de la mer à la recherche de poulpes dont les Rodriguais ont fait leur plat national.
Les fortes pluies tropicales ont entraîné la terre vers la mer, laissant à nu le rocher volcanique sur lequel il est devenuu difficile d'entreprendre des cultures. Le "jardinde l'île" se trouve à Rivière Banane. Une minuscule plaine verdoyante, en bord de mer, qui jouit de la présence d'une nappe phréatique souterraine dont l'eau, aspirée en surface par des pompes solaires, permet d'arroser les carrés de jardin entretenus par quelques cultivateurs qui revendent leurs légumes au marché du samedi matin à Port Mathurin, la capitale.
A Rodrigues, à part quelques parcelles privées, la terre appartient à l'Etat.
Les Rodriguais font une demande auprès du gouvernement pour obtenir la jouissance d'un bout de terrain, dès qu'ils ont économisé suffisamment d'argent pour construire leur maison. Les Rodriguais sont patients. Leur projet se réalise parfois au bout de longues années. Pour deux raisons. Il faut attendre et attendre encore l'attribution du terrain. Et il faut attendre et encore attendre que l'argent rentre régulièrement.
Les jeunes filles issues de familles défavorisées, se retrouvent très souvent en échec scolaire. A la maison, nul ne peut les aider. Et il est rare qu'elles disposent ne serait-ce que d'une table pour faire leurs devoirs à la maison. Bien que la scolarité soit obligatoire jusqu'à 16 ans, nombreuses ont celles qui quittent l'école beaucoup plus tôt pour aider leur mère aux travaux ménagers et à la garde des plus jeunes enfants. Elles rêvent au mariage comme d'un eldorado. Dès qu'elles rencontrent un jeune homme qui leur promet amour protection et fidélité, elles se laissent séduire et se retrouvent très vite enceintes. Le prince charmant s'évapore dans la nature après avoir été informé de l'état de sa dulcinée en prétextant qu'il n'est pas forcément le père du bébé. Si elle a cédé à ses avances, prétend-il, elle a auusi bien pu en faire autant avec d'autres galants. Voilà donc notre demoiselle fille-mère et pour donner un père à son enfant, elle va tenter de retenir un autre homme qui lui fera un autre enfant et qui s'enfuira comme le premier. Ce processus peut se reproduire jusqu'à ce que ces femmes soient désormais à la tête d'une famille nombreuse qu'elles ont beaucoup de mal à élever. Mais en aucun cas il ne s'agit d'une généralité ! Il existe bien entendu également des hommes responsables à Rodrigues !
C'est pour redonner espoir et dignité à ces femmes que l'Association s'est mobilisée.

En savoir un peu plus

Posté le 07.09.2007 par solidariteenfants
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Rebecca, la petite fille handicapée de Anne-Marie Larose, actuellement en Inde pour y subir une opération du cerveau.

L'originalité de l'Association réside dans le fait que chaque adhérent est directement informé de la situation de la famille qu'il parraine. Il reçoit des photos, des nouvelles et un décompte détaillé des dépenses effectuées pour les enfants avec l'argent qu'il a versé mensuellement. Ce travail est possible parce que les 28 familles aidées par l'Association sont relativement peu nombreuses, que Rodrigues est petite et qu'il est aisé de les visiter toutes très régulièrement. Ce retour est très apprécié des donateurs.

Pour en revenir au cheminement de nos réflexions, après avoir scolarisé des enfants en maternelle, apporté une aide alimentaire d'urgence aux familles, la plupart du temps des mamans célibataires, nous nous sommes dit qu'il fallait inventer un moyen pour ne pas les assister indéfiniment. D'abord parce que cette démarche place celui qui reçoit dans une situation dévalorisante, ensuite parce ce que les besoins à Rodrigues sont immenses et que nous devions trouver une solution pour que ces mamans puissent s'assumer, de façon à donner aussi un coup de pouce à toutes celles qui s'inscrivaient sur liste d'attente.
J'ai donc fait le tour des familles et après avoir longuement réfléchi en Assemblée Générale, aux moyens les plus porteurs de réussite, nous avons opté pour l'élevage. J'ai demandé à chaque famille, compte tenu de sa situation géographique quels animaux elles désiraient élever. Certaines m'ont dit des poules, d'autres des chèvres, d'autres des moutons, d'autres encore des cochons et enfin pour certaines des vaches. Il se trouve que l'île Maurice est très demandeuse de viande rodriguaise, élevée en plein air, saine et goûteuse. Restait à trouver des éleveurs et à mettre en route le projet.
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